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Youth Ahead!

Ambition et Action.

Call me negro ! Publié le Dimanche 11 Janvier 2009 à 20:34:53
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Comment expliquer qu’en pleine période de célébration de la déclaration universelle des droits de l’homme, de cet engagement fort pour le respect des différences, que l’on puisse encore être victime d’insultes horribles ? Comment expliquer que le même individu qui traite l’autre de primitif et d’animal à cause de sa couleur de peau soit le même qui arborait il y a encore quelques jours un soutien clair à Obama ? Il n’y a pas de logique à la bêtise humaine, encore moins à la barbarie de l’esprit.


L’une des lois fondatrices de la société contemporaine est établie en une belle phrase : tous les hommes sont libres et égaux. Mais confronté à la rude réalité de l’existence, cet idéal de liberté et d’égalité ne parvient pas à tenir toutes ses promesses, celles du respect, de justice et de tolérance. Jamais l’humanité n’a su se conformer à ses propres règles édictées trop souvent après les carnages, les sombres hécatombes et les folies désastreuses. Comme si la sagesse ne pouvait naître uniquement qu’au travers des ténèbres de la haine. C’est donc de la violence que la civilisation grandit, que la communauté des hommes est prête à évoluer. Ainsi le mépris de la valeur d’autrui et la négation de sa dignité sont des sentiments qui semblent s’être incustrés dans la génétique de l’espèce humaine.
 
L’histoire des hommes témoigne de cette propension au mal, de la traite négrière à la shoah en passant par la discrimination quelle soit raciale, ethnique ou sociale. Le quotidien nous offre son lot d’attitudes étranges, confortant l’observateur dans cette logique que l’être humain est foncièrement mauvais. Et que les moments de bonté, aussi rares qu’accidentels, sont de parfaites illustrations de l’impossibilité d’un humanisme durable, piégé entre la facilité du rejet et la réalisation d’un idéal à la prétention trop grande.
 
Il aura suffit d’un « sale nègre ! » balancé comme un crachat dans un des RER qui dessert les principales stations parisiennes pour que l’hypocrisie des grands discours sur la dignité de l’homme comme un voile immaculé soit souillé par des comportements sauvages et dégradants. Comment expliquer qu’en pleine période de célébration de la déclaration universelle des droits de l’homme, de cet engagement fort pour le respect des différences, que l’on puisse encore être victime d’insultes horribles ? Comment expliquer que le même individu qui traite l’autre de primitif et d’animal à cause de sa couleur de peau soit le même qui arborait il y a encore quelques jours un soutien clair à Obama ? Il n’y a pas de logique à la bêtise humaine, encore moins à la barbarie de l’esprit.
 
Je suis nègre. Je suis noir. Je suis humain. Que l’on trouve qu’il y ait quelque chose d’impropre et de sale dans cette identité, que l’on puisse la mépriser ou la condamner, cela ne changera pas grand-chose au fait que le nègre appartient aussi à cette grande famille que l’on nomme « humanité ». Et donc par conséquent mérite le respect et la considération que l’on doit à tous. Il est tout de même formidable qu’après des siècles de lutte et de libération, de batailles gagnées, de combats menés et remportés, que le terme « nègre » soit encore utilisé comme une balle de fusil pour transpercer le cœur des mélanodermes. Une expression guillotine, puissante, odieuse tranchant les politesses forcées pour mieux laisser gicler le sang de la négation de cet autrui dont la puanteur nous paraît insupportable. Jamais face à la violence de certains individus qui n’ont encore rien compris ou qui refusent de comprendre, le sentiment de colère et d’impuissance n’aura été aussi intense, aussi désespérant. La différence semble être à la fois le talon d’Achille et la richesse de la Civilisation. Une sorte de schizophrénie sociale règne partout où les diversités se côtoient, se rencontrent, se mélangent même si des fois elles ont du mal à se toucher. On se regarde en s’ignorant, on dresse des barrières mentales et physiques en se félicitant des îlots de communautarisme qui permettent à chacun de retrouver sa place et malheureusement d’y rester. Un « bonjour » entraîne un réflexe de suspicion, un « puis-je vous aider Monsieur ? » ouvre la porte à de malheureux malentendus.
 
La différence raciale puisqu’il faut la nommer reste problématique, on ne l’avoue pas souvent, non par crainte mais par sournoiserie. Quand on la loue et la revendique c’est souvent pour répondre autrement à la stupidité de ces attitudes qui font si peu d’honneur au genre humain ou alors pour enfumer les consciences en leur permettant de s’endormir dans la quiétude paisible d’une société responsable. Pourtant, au-delà des vigilances étatiques, juridiques et associatives, cette différence là reste la source principale des déchirements qui ont autrefois conduit le monde au bord du précipice. Aujourd’hui l’on nous dit que les races n’existent pas pour tenter de faire barrage à cette idée qui veut qu’il y ait sur terre des races supérieures à d’autres, des catégories d’hommes purs et parfaitement humains, et d’autres qui descendraient d’animaux comme le singe et donc moins intelligents. Malgré les études scientifiques démontrant par ailleurs que nous ne sommes qu’un, le « Mein Kampf » continue à être après la Bible l’un des livres les plus lus au monde, inspirant de jeunes skinheads, hordes de barbares lancées dans le rues pour signifier aux beurs, aux nègres, aux juifs que la société ne tolérera pas plus longtemps leur souillure. Et l’intolérance raciale maquillée en politique de responsabilité, à l’instar de la chasse à l’étranger dans cette Italie qui n’a pas perdu ses élans fascistes, dans cette France abreuvée par des discours indignes revendiquant que l’on lui apporte sur le plateau de la faillite économique et sociale la tête ensanglantée de l’immigré clandestin, s’enracine dans les esprits. « Ah si j’étais un blanc ! » me souffla un ami, fatigué d’être contrôlé systématiquement par des policiers courant derrière les primes des quotas atteints. Le contrôle au faciès, voilà une manière de faire ressentir à autrui qu’il est vraiment différent, pire qu’il est un danger potentiel, un problème à surveiller, un fugitif perpétuel.
 
La langue et le vocabulaire n’ont pas arrangé les choses. Tout ce qui est immonde, répugnant, poisseux, l’horreur même, est « noir ». Le « Black is beautiful » n’est ironiquement qu’une tentative bien faible de montrer que ce qualificatif inapproprié, appliqué à une catégorie d’humains est presque une condamnation à mort. Quant à « nègre » qui a longtemps subsisté dans les discussions intellectuelles de ces Lumières qui n’ont pas pu éclairer suffisamment leur propre ignorance, il porte les cicatrices de l’inhumanité des souffrances, des injustices, des tristesses d’un peuple mis au ban du monde. Et lorsqu’il arrive d’offrir la gloire à un nègre c’est souvent pour demander au reste de la peuplade d’arrêter de se plaindre. Un Mandela par siècle, un Soyinka par millénaire, il n’y a pas de quoi réciter de longues litanies, la reconnaissance sait sourire à qui sait attendre. Vivre avec le sceau de l’infériorité marquée sur le front, c’est là le poids quotidien que doivent subir ceux qui ont eu la malchance de naître du mauvais coté du soleil. L’on aura beau se conformer aux règles, être meilleur et talentueux, il y a toujours quelqu’un pour rappeler au « p’tit noir » qu’il ferait mieux de retourner dans la forêt d’où il ne vient pas.
 
Tous les hommes sont libres et égaux. La belle promesse dont est constituée le socle de notre société. Une vraie escroquerie intellectuelle qui se révèle chaque fois que nous posons nos regards sur autrui, chaque fois qu’il faut se taire par peur, chaque fois que l’on se voit pointer du doigt parce que l’on est différent, une sorte de bête de foire, ou l’on se retrouve être le bouc émissaire idéal au service du spectacle épatant de la bêtise humaine.
 
Call me negro !

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Paris by night Publié le Dimanche 11 Janvier 2009 à 20:30:31


 La plus belle avenue du monde est une princesse qui porte si somptueusement ses plus belles parures, de précieuses scintillantes, de petits flambeaux en or, des diamants clinquants déposés le long de ce chemin onirique où les peuplades avides de luxure et de rêve viennent se retrouver.

La beauté des Champs Elysées dépasse de loin toute la littérature qu’elle a pu engendrer. Il n’y a pas de mots, les mots ne pouvant pas toujours dire l’indicible, qui puisse suffisamment, convenablement traduire l’émerveillement de l’esprit devant cette sorte de caverne d’ali baba où brillance rime avec opulence. La plus belle avenue du monde est une princesse qui porte si somptueusement ses plus belles parures, de précieuses scintillantes, de petits flambeaux en or, des diamants clinquants déposés le long de ce chemin onirique où les peuplades avides de luxure et de rêve viennent se retrouver. L’odeur de la transgression matérielle caresse les portefeuilles égarés dans les temples de la consommation. Dans ces églises de l’épicurisme décomplexé, l’unique foi est celle de l’apparence, chacun se réfugiant derrière un personnage savamment étudié pour mystifier autrui et jouir de l’illusion formidable d’être aussi une étoile dans un univers enchanté. La poursuite du bonheur passe par cette avenue mythique qui a vu défiler les plus grands comme les plus anonymes, une exigence presque rituelle pour des adeptes rigoureusement attachés à la magie de ces lieux.

L’effervescence populaire à coté de la froideur humaine, un paradoxe parisien qui illustre la schizophrénie sociale française. Ce double standard du vouloir vivre-ensemble et du renfermement individualiste voire egocentrique, la méfiance primant sur la convivialité, la défiance sur l’hospitalité, et le sentiment d’être une partie d’une société tout en appartenant à des communautés différentes, radicalement opposées. Aux Champs-Elysées, on se côtoie sans jamais se toucher, et lorsque au détour d’un hasard les mains parviennent à se rencontrer c’est souvent caché dans des gants de velours. Ainsi l’ivresse parisienne est contagieuse mais elle reste terriblement solitaire, à l’Arc de Triomphe, point de ralliement des noctambules fortunés, les beaux quartiers se retrouvent dans leur élément tandis que les autres regardent admiratifs la magnificence d’un pays qui semble arrogamment leur tourner le dos, juste à quelques pas de cette Place de la Concorde où il y a plus d’une année, dans leur majorité, ils célébraient le sacre de celui qui leur promettait, enfin, en vain, la rupture.

Marchant vers cette Tour Eiffel vêtue d’une robe bleue et d’un collier d’étoiles, phare lumineux guidant les pas perdus du passant dans les couloirs en pavés d’une ville prise d’assaut par les hordes de touristes excités, il arrive que l’on tombe sur des sacs de couchages rembourrés par la misère humaine, souvent près de grandes enseignes dont la splendeur aspire et noie ces débris sociaux qui crient « humanité » et « dignité ». C’est face à cette autre réalité dissimulée derrière l’éclat du merveilleux que la féerie parisienne montre toute sa fébrilité. De la rue de la Bourse à la rue de la Banque, des centaines de personnes s’éteignent consommées par le désespoir, l’abandon des hommes qui les traversent en se bouchant le nez, l’indifférence de ceux qui savent qu’en bas de chez eux il y a une âme qui se meurt, le mépris du reste se moquant bien des malheurs qui ne les regardent pas. Pourtant ce ne sont que des hommes que l’on estampille par la marque « SDF », sans domicile fixe, eux les nomades des zones urbaines à l’instar des peuples migrants du monde, à la recherche de leur havre de paix. Il n’y a plus grand monde qui prête attention à la colère désormais légendaire de Coluche, « on n’a plus le droit d’avoir faim ni d’avoir soif, un toit pour toi et pour moi », les cadavres que l’on découvre chaque heure sont devenus aussi éloquents que les grands discours sur la détresse des familles entières jetées dans les rues en ces périodes de froid hivernal.

L’esprit de Noel court les Galeries Lafayette, déserte les foyers sociaux où les bénévoles, derniers mohicans, continuent péniblement et quelques fois démotivés à assurer à ces âmes à la dérive d’ephèmeres instants de convivialité. Sous les ponts, juste en dessous des couples qui se jurent l’amour à vie, de petits corps gisent sous les cartons pourris et les bouts de presse jaunis, la rue est devenue un cimetière ouvert que se réapproprie désormais le peuple d’en bas, celui qui a battu le pavé pour dire « Assez ! », il y a de cela une éternité deja, et qui semble lassé depuis par les révolutions, car au fond ce sont toujours les mêmes qui finissent par payer l’addition. Il y a dans les avenues de cette ville cosmopolite, de ce centre mondial du chic, une odeur d’abandon, de déshumanisation avancée, des couleurs vives du dehors qui cachent à peine la beauté terne de ces milliers de spectres déambulant dans les couloirs urbains. A Harare on meurt de cholera, ici c’est du froid, celui du cœur. Le cholera se soigne, l’indifférence pas, et c’est bien là toute la malédiction parisienne.

Dans les stations de metro, fuyant la rudesse d’un climat impitoyable, les clochards et autres badauds envahissent les quais avec des accordéons d’où sortent des airs terribles d’un désespoir affligeant. Quittant Saint Remy Les Chevreuils pour la Gare du Nord, des femmes et des enfants se promènent dans le RER avec des cartes de la « pitié », un voisin chuchote à un autre que ce sont des personnes venues de l’Europe de l’Est, un peu pour se donner bonne conscience et sous-entendre que de « vrais » français ne pourraient certainement pas se rabaisser à une telle honte. Comme si tenter de survivre dans une société de plus en plus inégalitaire, prompte à sauver ses bourgeois et à exiger des efforts de la part de ceux qui en font deja assez, n’est pas suffisamment exécrable pour que l’on incrimine cette mendicité qui nourrit tant de familles. Dans les yeux de ces femmes interpellant les passagers accrochés à leurs bouquins ou à leurs journaux, faisant semblant de lire, il y a la perte de toute dignité, un vide effroyable creusé par les blessures d’une existence compliquée. Elles prennent le risque de se faire emprisonner parce que dans ce pays encore fortement influencé par la chretienneté, la mendicité est un crime. Comme d’habitude on préfère réprimer, se concentrer sur les effets au lieu de soigner les causes. D’un coté, il n’y a pas de travail, le chômage grimpe, de l’autre coté on voudrait mettre fin à l’assistanat étatique, réduire les allocations à un moment où des millions de personnes en ont réellement besoin, et enfin on s’offusque de voir des gens dans la détresse quémander un peu d’humanité. Les mains tremblantes de la petite fille, jointes en forme de calice, implorent plus de générosité, pour elle comme pour de nombreux autres enfants le réveillon est un jour presque ordinaire, et le Père Noël, une sacrée belle ordure.

On dit souvent que l’identité d’une ville apparaît lorsque la voûte céleste s’assombrit, et lorsque les lumières des réverbères deviennent les seuls soleils dans chaque ruelle, alors il arrive que l’on ressente battre son pouls, suivre ses battements, deviner son état réel. Malgré les feux de l’illusion citadine, la voracité financière des centres commerciaux qui broient avec une rapidité déconcertante les cartes bancaires des hommes pressés par la gloutonnerie matérielle, le sentiment d’être spectateur d’une sorte de représentation théâtrale où les rôles sont convenues et où il n’y a pas de place ni à l’improvisation ni à l’émancipation, chacun devant rester à sa place, s’impose de lui-même sans que l’on comprenne le sens de cette comédie surréaliste. Molière n’a pas eu à aller bien loin pour trouver l’inspiration, il n’a eu qu’à ouvrir les yeux et regarder autour de lui. À chaque carrefour on pourrait écrire un best-seller, tellement l’absurdité de certaines attitudes contrastent avec la réalité, la cruauté de l’injustice que vivent une partie des hommes. Doucement, les premiers rayons du soleil, cachés par des nuages rebelles, pointent à l’aube, une pluie fine arrose les excès de la nuit, des couples s’en vont, titubant, s’amourachant vers un avenir incertain, tout près des cadavres frigorifiés gisant dans des tentes de fortune.

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